Chapitre 7

Notre père était revenu depuis déjà trois semaines lorsque le mois d'août arriva avec douceur et clémence; les nuits étaient agréablement fraîches et les journées un peu moins chaudes que celle du mois précédent, où nous avions eu besoin de nous baigner à de nombreuses reprises dans la Méditerranée pour tempérer notre corps lors de grosses chaleurs vers la fin juillet. Nous avions atteint deux journées à plus de 83 degrés Fahrenheit, ce à quoi nous étions loin d'être habitués! Les températures moyennes lors de notre dernier été à Londres atteignaient à peine 65 degrés et la saison avait été, sans surprise, fraîche et pluvieuse. Dans le sud de la France, les habitants semblaient accoutumés à la chaleur de l'été, nous regardant avec surprise nous ébattre dans les eaux de la mer, sans nous rejoindre malgré nos invitations répétées.


Clara et moi étions justement sur la plage à prendre un bain de soleil lors d'une journée complètement exempte de nuages lorsque l'aîné des enfants du maréchal ferrant et de sa femme vint nous voir et nous partagea une invitation à dîner chez eux le soir même. Cette fois-ci, toute la famille était invitée, au lieu de moi uniquement, me dis-je en moi-même; cela ne me permettrait peut-être pas de parler équitation, mais peut-être pourrais-je me rapprocher de la fille cadette, Juliette, qui avait mon âge, et ce qui serait une bonne façon d'être invitée à nouveau si nous devenions amies... Notre père ne verrait certainement pas d'inconvénient à ce que je retourne chez eux si je m'entendais bien avec la fille de la famille. Juliette et moi nous étions croisées dans les rues du village à quelques reprises, mais nous ne connaissions pas assez pour nous parler de façon plus intime, ce à quoi je comptais remédier dès ce soir. En arrivant à la maison de notre hôte, je partageai l'invitation à notre père, qui discutait agriculture avec Monsieur Pierre, et après m'être assurée que nous irions, je montai à l'étage où se trouvait notre mère. Je lui parlai de mon plan, car elle était au courant des invitations répétées du maréchal ferrant, avec qui j'aurais bien aimé parler chevaux, mais que j'avais constamment déclinées, à cause de mon père et de sa réaction négative le premier jour où j'étais allée en excursion à cheval. Elle trouva l'idée excellente et se mit à planifier ce que nous pourrions apporter, à si court préavis, pour les remercier de l'invitation. Elle descendit dans la cuisine où elle trouva notre hôtesse, qui l'aida à faire son fameux plum pudding, dessert anglais encore méconnu en France.


Nous étions fin prêts lorsque notre père vint nous chercher à l'étage, Clara, Julian et moi, pour aller manger chez le maréchal ferrant et sa femme. Je portais une jupe en soie avec un petit manchon et un renard sur les épaules pour me réchauffer, les soirées commençant à être plus fraîches. Nous arrivâmes dans les temps avec notre plum pudding entre les mains de Clara, qui devait le remettre à l'hôtesse de la maison; il fut accueilli avec bonheur par la femme du maréchal ferrant, et notre père donna à notre hôte une bouteille de vin rouge provenant du vignoble d'à côté, que l'homme choisit d'ouvrir pour nous offrir immédiatement un verre, à mes parents et moi, avant de débuter le repas. La soirée fut sympathique : nos hôtes et leurs enfants étaient très respectueux et chaleureux, et je m'entendis très bien avec la fille de la maison, Juliette, qui adorait les livres; nous n'avons parlé que de bouquins tout au long du repas, nous promettant de nous en échanger quelques-uns. Je lui prêterais quelques livres anglais, faciles à comprendre, Juliette ne connaissant que très peu la langue, et elle me prêterait de son côté des livres français, plus précisément des poèmes d'un jeune marseillais, Marcel Pagnol, un peu plus jeune que nous mais déjà très productif dans ses écrits, qu'il faisait paraître dans une revue de Marseille appelée Massilia. Notre famille rentra finalement, passé l'heure du coucher de Clara depuis longtemps, en se promettant d'inviter la famille du maréchal ferrant lorsque notre mas serait prêt.

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