Chapitre 4

Mis à jour : janv. 2

Notre père m'attendait sur le pas de la porte de la maison, l'air mécontent, à mon retour. Il me fit signe d'entrer et me demanda de le suivre dans la cuisine, où nous nous sommes retrouvés seuls. Il commença par me demander où j'étais allée, puis la litanie de reproches eut lieu, sans que je puisse placer un seul mot parmi la longue énumération d'accusations qu'il m'adressait. Après avoir terminé sa jérémiade, il m'ordonna de rester dans ma chambre jusqu'au soir, pour que je réfléchisse aux conséquences de mes actions et sur la répercussion qu'elles auraient sur ma famille. Je montai à l'étage, muette et la mine basse, aussi surprise que déçue par la réaction de notre père. Il se fâchait rarement contre nous : je ne l'avais d'ailleurs jamais vu s'opposer à mes ballades d'équitation, bien au contraire. Il nous avait toujours encouragés à atteindre les rêves et les buts que nous nous promettions d'accomplir.


Notre mère était dans la chambre : elle me regarda avec tristesse. Je compris qu'elle avait tout entendu et qu'elle était aussi désolée que moi de la réaction négative de notre père par rapport à mon escapade. Je sanglotai dans ses bras un long moment, puis lorsque mon chagrin se fut calmé, nous nous aidâmes mutuellement à vider nos malles respectives. Nous parlâmes de mon père et de sa décision subite de quitter notre vie londonienne confortable et heureuse; nous étions en train de ressasser des souvenirs quand Clara entra dans la chambre, l'air coupable et les vêtements pleins de boue. Il fallut une éternité à notre mère pour lui tirer les vers du nez : elle s'était battue avec le garçon d'écurie! Partageant mon amour pour les chevaux, elle était dans une stalle quand elle m'avait vue arriver avec mes pantalons d'équitation; cachée derrière le cheval qu'elle était allée brosser, elle avait été témoin de la proposition malhonnête du garçon et avait décidé de lui montrer ce qu'elle en pensait après mon départ. Elle nous raconta l'échange avec force détails et nous comprirent rapidement qu'elle lui avait donné la monnaie de sa pièce. Elle se fit gronder pour s'être battue mais notre père, déjà sur les nerfs à cause de moi, ne l'apprendrait pas, lui promit notre mère.


Mon repas du soir me fut monté dans la chambre et Clara insista pour rester avec moi; elle ne comprenait pas plus que nous le comportement de notre père, et me confia qu'elle tenterait de l'amadouer le lendemain matin pour avoir une explication de sa part. Elle était la meilleure pour adoucir les gens après une dispute; on la surnommait affectueusement notre modératrice, malgré sa tendance à vouloir montrer à tout le monde qu'elle avait toujours raison. Je la grondai gentiment à nouveau mais la remerciai d'avoir pris ma défense auprès du garçon d'écurie. Je lui fis cependant promettre de venir me voir dès qu'elle ressentirait l'envie de se battre avec quelqu'un, pour qu'elle ait la possibilité de parler de sa colère et le transformer en quelque chose de positif. Je lui expliquai que l'équitation me permettait d'être plus zen : quand je sentais que j'allais exploser, je montais à cheval et partais en randonnée pendant des heures. Je revenais alors plus calme de mes expéditions et voyais ainsi les deux côtés de la médaille si j'étais en colère contre quelqu'un. Elle s'engagea à venir me voir dès que la moutarde lui monterait au nez. De mon côté, je lui donnai ma parole que je prendrais le temps de discuter avec elle dès qu'elle en ressentirait le besoin.


L'heure du coucher arriva beaucoup plus vite que prévu; notre frère entra dans la chambre en bayant aux corneilles et nous nous étendîmes tous les trois après nous être rapidement débarbouillés. Nous continuâmes de discuter entre filles sous le drap pendant que Julian ronflait bruyamment. Nous nous endormirent enfin alors que l'aube se montrait le bout du nez à la fenêtre de notre chambre.

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